
.🛥️Plonger dans l’épave de l’Ishido, c’est traverser plusieurs couches de réalité à la fois: la quête d’un trésor tangible, la réparation d’un récit historique mutilé, et l’exploration d’un fantastique qui se faufile entre les bulles d’air et les souvenirs. L’écrivain invité présente un roman où un professeur d’histoire de l’Orient et sa compagne, plongeuse de loisir, découvrent au large de la Thaïlande la trace d’un prince Tokugawa illégitime, exilé pour échapper au code d’honneur samouraï. Cette pièce d’or extirpée des sédiments agit comme un révélateur: elle ouvre une brèche vers une Histoire majuscule, mais aussi vers l’intime, en réveillant la stigmatisation vécue par une héroïne japonaise aux yeux bleus, figure d’exception qui questionne l’identité, l’appartenance et la mémoire. Le roman promet mystère, fantastique et histoire, trois axes qui serrent le lecteur comme un courant de profondeur.
🤿 Sous la surface, la tension narrative se nourrit d’un accident de plongée, d’une rencontre troublante avec un avocat d’une société de chasseurs d’épaves et d’un enjeu légal précis: qui possède le passé lorsqu’il repose sur un fond marin international? Cette pression extérieure fait miroiter les thèmes de convoitise, de responsabilité et de conservation du patrimoine, tout en rappelant la fragilité du corps humain sous l’eau. L’auteur déploie un onirisme aquatique où l’idée des sirènes et des ondines n’est jamais gratuite: c’est la matérialisation des zones grises, là où l’oxygène manque et où les fantômes de l’Histoire remuent. La fiction devient un outil pour revisiter le shogunat, interroger la légitimité du pouvoir, et scruter ce qu’une défaite militaire pouvait signifier dans une culture du déshonneur et du seppuku, en écho aux dilemmes modernes autour de l’honneur, du statut et de la vérité.
📖Le fil historique ne reste pas isolé: il se connecte à d’autres récits occultés, notamment ceux des peuples autochtones au Canada. Cette mise en parallèle n’a rien d’un détour. Elle éclaire la mécanique par laquelle des pans entiers de mémoire collective sont tordus, enterrés ou esthétisés jusqu’à l’invisibilité. En suivant le professeur qui veut “réécrire” la chronologie autour de l’Ishido, l’ouvrage propose une métaphore claire du travail de restitution: retourner dans les cales, éclairer les parois, accepter de se perdre quelques mètres pour retrouver la trace juste. La littérature agit ici comme une lampe amphibie: elle ne garantit pas tout voir, mais elle refuse les zones interdites, elle insiste, elle revient, elle compare, elle documente. Cette rigueur sensible nourrit une promesse de lecture où l’action et l’éthique avancent de concert.
💾Enfin, la conversation aborde l’autoédition et la création à l’ère des GAFAM, des données omnivoyantes et des coûts qui cognent. Persévérer, c’est accepter de laisser une trace malgré la fatigue des refus, de protéger ses manuscrits du naufrage numérique, et de tenir tête aux algorithmes sans perdre son souffle. Entre salons du livre, librairies indépendantes et réseaux sociaux, l’auteur défend un rapport artisanal au texte, presque charnel, où la main compte autant que le fichier. Cette posture rejoint la trame du roman: si l’on veut sauver une histoire, il faut plonger soi-même, quitte à racler la rouille et affronter les courants. Le lecteur qui cherche un récit d’aventure historique, une réflexion sur la stigmatisation et une immersion dans un fantastique feutré trouvera ici un monde cohérent, au carrefour des profondeurs et de la vérité.

