Jason Lapierre

Écouter Jason Lapierre, c’est entrer dans une fabrique d’empathie où la littérature sert de sismographe du réel. Il raconte comment un simple changement de titre, du "Le vampire du café" à "Le Dévoreur d’imagination", a déplacé son lectorat vers un public plus mûr, prêt à affronter des thèmes durs sans filtre. Ce pivot éditorial n’est pas un coup de marketing creux, mais l’aboutissement d’une réflexion sur la réception, les attentes et la responsabilité de l’auteur. Quand une mère tend son livre à un ado en pensant lire une aventure de vampire, Jason comprend qu’il faut protéger le lecteur, mais aussi l’œuvre. C’est l’un des fils rouges: soigner l’accès à la noirceur pour ne pas la banaliser, construire des portes et des garde-fous, puis inviter à traverser en conscience. 🧛‍♂️

Son écriture naît d’une curiosité méthodique et d’une sensibilité à vif. Il lit des thèses, fouille la psychopathologie, observe le quotidien, écoute les silences. De là émergent des nouvelles qui sondent la pédophilie, l’alerte Amber, la violence en milieu carcéral, l’addiction au fentanyl, ou la maison familiale quand le deuil s’invite. Loin du sensationnalisme, Jason cherche la cause, l’enchaînement des gestes, l’angle qui humanise sans excuser. Il raconte l’enfant qui croit que la violence est la norme, la mère qui ne sait plus comment tendre la main, le père qui ne comprend pas le mal qu’il a causé. L’enjeu est double: briser l’omerta et offrir des repères pour reconstruire la confiance. Cette littérature veut faire mal où il faut, puis laisser la place à la catharsis. 😈

Guidé par Freud et Jung, il façonne des personnages qui enlèvent leurs masques, parfois pour révéler un monstre, parfois un humain épuisé. La raison pour laquelle ses textes touchent tient à la voix et au rythme. L’"Encyclopédie des causes perdues" impose des pauses, demande de fermer le livre pour digérer l’émotion. À l’inverse, "Le Dévoreur d’imagination" est un page turner volontaire, un mélange cadencé de poèmes, récits et nouvelles courtes qui se dévorent en rafales. Dans les deux cas, la langue cherche l’équilibre entre précision et souffle, avec une économie de moyens au service d’un impact maximal. Son mentor lui a appris à éliminer les lieux communs, à finir fort, à servir le texte plutôt que l’ego. Ce sont des choix d’artisan, répétés, qui signent un style. ✍️

Le parcours professionnel nourrit ces pages: refus éditoriaux utiles, subvention Jeunes Volontaires, conseils de mentors, horaires morcelés qui étouffent l’élan créatif. Jason explique pourquoi écrire exige de l’espace mental, pas seulement des creux d’agenda. Vivre de sa créativité, c’est accepter les détours: apprendre de chaque "non", réviser encore, repenser la structure d’un recueil, changer un titre pour mieux dire la vérité du livre. Et puis il y a la prise de risque publique: défendre la liberté d’expression, assumer la position de mouton noir, refuser la masse quand elle efface les nuances. Entre couteau et pilule, entre démons et monstres, il propose une boussole: parler juste, écouter mieux, et écrire pour toucher. Si une œuvre change une personne, dit-il, alors elle a déjà gagné. 📖