Fanny Taillandier

Fanny Taillandier, agrégée de lettres et enseignante 🎓, nous offre une plongée fascinante dans son processus créatif et sa vision de la littérature contemporaine. Auteure de plusieurs romans acclamés, dont son tout premier, "Les confessions du monstre" qui lui a valu le Prix littéraire des grandes écoles en 2014, 🎗️Taillandier construit ses œuvres à partir d'observations quotidiennes qui l'interrogent profondément.

Ce qui frappe d'emblée dans sa démarche d'écriture, c'est cette manière dont elle transforme le questionnement initial en exploration littéraire. "C'est quelque chose dans le réel qui m'interroge et que je ne comprends en général pas très bien, et donc j'ai envie d'écrire et d'imaginer pour essayer de mieux comprendre," explique-t-elle. Cette approche, à la fois intuitive et intellectuelle, témoigne d'une conception de la littérature comme outil d'investigation du monde. Prenons l'exemple de son roman "Farouches", qui part d'un simple fait - des sangliers qui s'aventurent dans des espaces urbanisés - pour aborder des questions fondamentales comme la frontière entre le sauvage et le domestique, l'accueil de l'altérité, et finalement des thématiques aussi diverses que l'écologie ou la xénophobie.📖

La documentation occupe une place importante dans son processus créatif, particulièrement pour des œuvres comme "Delta" ou "Les États et empires du lotissement Grand Siècle" où la précision factuelle est primordiale. "Il est très important que le lecteur ou la lectrice puissent ensuite se saisir de ce que je dis et être sûr(e) que je ne dis pas n'importe quoi," souligne-t-elle. Cette rigueur s'accompagne pourtant d'une grande liberté narrative, où chaque livre devient un terrain d'expérimentation différent. De son premier roman sur un serial killer aux explorations des événements du 11 septembre 2001 dans "Par les écrans du monde", en passant par le récit plus fantastique de "Farouches", Taillandier refuse de se cantonner à un style unique.🔥

☠️Son prochain roman, qui sortira en janvier 2026, aborde la question des "bébés tueurs à gages", ces très jeunes garçons recrutés par des réseaux criminels. Au-delà du fait divers, Taillandier s'intéresse à la perspective de ces adolescents de 17 ans, plongés dans un monde violent avec peu de ressources familiales ou économiques. "Comment on fait pour se tirer de là et rester dans quelque chose de positif et faire de la place à l'amour, à la naissance," résume-t-elle, insistant sur l'importance de maintenir une forme d'espoir dans la narration.

🕊️Cette volonté de nuance et d'ambiguïté constitue le cœur de sa vision littéraire. Pour elle, la littérature permet de "parler du présent d'une façon plus ambiguë que ce qu'on trouve dans le journal ou quand on écoute un débat politique." Dans un monde polarisé, où chacun affirme des positions tranchées, ses romans invitent à l'incertitude, au doute constructif. "Quand on reconnaît que tout le monde est ambigu, à commencer par soi-même, on est moins méchant," observe-t-elle avec justesse.

👩‍🏫Son expérience d'enseignante nourrit également sa pratique d'écriture. Elle évoque avec émotion ces moments où "une fenêtre s'ouvre dans la tête des enfants" et l'importance de transmettre, même sans savoir exactement ce qui restera. Cette métaphore de la "parabole du semeur", où l'on jette des graines sans savoir ce qui poussera, illustre parfaitement sa conception de l'écriture et de l'enseignement comme actes de foi en l'avenir.

Fanny Taillandier
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Fanny Taillandier
Romancière, enseignante et artiste française